Ce qu’ils ont fait est fou !

Nouvelle chronique publiée dans La Croix, notre partenaire média

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logo La Croix, journal suivant la course d'Eric Bellion - Vendée Globe 2016 - COMMEUNSEULHOMME

J’ai suivi de très loin le match entre Armel Le Chéac’h et Alex Thomson. Pendant tout ce Vendée Globe, je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de regarder trop loin autour de moi. En ce moment, j’avoue que je regarde plus mes petits copains qui se battent pour franchir le Cap Horn (Alan Roura, Rich Wilson, Fabrice Amédéo, …) que ce qui se passe au large de la Vendée même si j’ai bien compris qu’Armel était tout près de la victoire. Ce qu’ils ont fait est fou et c’est encore plus dingue de finir avec de si petits écarts. Il faut avoir fait le Vendée Globe pour s’en rendre compte. Moi-même, il y a quelques mois, je n’aurais pas vu les choses de la même manière mais, à terre, je me serais sûrement passionné pour cette course. Ils sont allés si vite. Je suis encore le long de l’Amérique du Sud alors qu’ils sont presque arrivés ! J’ai un océan de retard et pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir lambiné en route !

Je dois avouer que je les connais peu. Les pros ne sont pas très accessibles pour des amateurs comme moi mais je vois deux caractères très différents. Ça me rappelle les grandes années de la Formule 1 et le duel entre James Hunt et Nikki Lauda. Il y a un carré – Le Cléac’h – et un autre beaucoup plus flamboyant : Thomson. Le Cléac’h mérite de gagner, il a la pression depuis le début et le rôle de favori est hyper dur à tenir. Mais une victoire de Thomson aurait du panache. Il s’entraîne seul depuis des années, développe son bateau seul, il fait tout différemment et arrive à damer le pion à pas mal de marins bretons qui s’entraînent à Port La Forêt et qui ont un niveau de fou. Il dirige toute son énergie et sa folie vers la performance. Son bateau est une merveille et si je devais en choisir entre Banque Populaire et Hugo Boss, ce serait celui-là. C’est une machine extrême, comme son pilote. Il dit qu’il « conduit » son bateau comme une voiture volée et j’adore cette expression. Il est le « bad boy ».

Ce duel est celui de deux marins mais aussi de deux pays, la France et l’Angleterre qui ont des cultures de la voile très différentes. Ça aurait été génial pour cette course de voir un vainqueur étranger, c’est ce qui lui permettrait de s’ouvrir un peu plus à l’international. Il faut se rappeler que l’histoire de la course au large en France débute en 1964 lorsque Tabarly remporte la seconde Transat Anglaise à Newport, devant Francis Chichester, la star britannique. C’est à partir de là que notre patriotisme a pris le dessus et que les Français ont commencé à s’intéresser à la voile. Ça aurait été un joli clin d’œil de l’Histoire de voir une victoire anglaise sur une course française. Cette année a été si surprenante – à tous les points de vue – que j’ai longtemps cru que Thomson l’emporterait. C’est encore possible même si ça semble peu probable à moins de 24 heures de l’arrivée. J’espère que cela arrivera un jour, ne serait-ce que pour voir les Anglais fêter ça dans les pubs des Sables d’Olonne.